L’Europe et les Révolutions, 1789 – 1815

L’Europe et les Révolutions, 1789 – 1815

Nous vous proposons différentes ressources pour le programme d'histoire en classe de 1ère générale et de 1ère technologique concernant ce thème. Vous trouverez en particulier un état des lieux de la recherche sur les questions relatives à la guerre dans l’Oise (de la nation en armes à la Grande Armée ; les invasions de 1814 et 1815), accompagnés de documents d’archives.

- Un point sur les programmes

- Lien avec la recherche dans notre département

- Documents d'archives :

  • Carte des conscrits par département à la veille de l’Empire (Atlas de l’empire napoléonien 1799-1815, éditions Autrement, Paris, 2008) : en l’année 1804 à la demande de Napoléon Bonaparte, un serviteur de l’Etat nommé Antoine Hargenvilliers établit un Compte général de la conscription pour la période de 1799 à 1804. On relève la charge inégale du poids de cet «impôt du sang » car le prélèvement des jeunes hommes par rapport à la population départementale n’est pas uniforme : à l’ouest d’une ligne Amiens-Narbonne, les contributions sont moindres qu’à l’Est. On note un déplacement d’une partie de la charge sur les pays annexés et départementalisés à l’instar de la Belgique et du Piémont qui paient un lourd tribut.

 

  • Carte de l’Empire en 1812 (source : https://www.napoleon.org/enseignants/documents/video-et-carte-des-departements-napoleon-bonaparte-et-lunite-nationale-1-min-32/) : Le département est une création révolutionnaire. La circonscription administrative départementale est en effet créée par la loi du 22 décembre 1789. La constitution du 22 frimaire an VIII (13 décembre 1799), née du coup d’État du 18 Brumaire, confirme le découpage du territoire européen en départements et arrondissements communaux. La loi du 28 Pluviôse an VIII (17 février 1800), véritable « constitution administrative », organise le territoire et sa gestion, son article 3 définit le rôle du préfet. Ce dernier est nommé par Bonaparte et ils héritent des pouvoirs des commissaires centraux du directoire, mais y ajoutent une fonction d’administrateur. La centralisation est donc renforcée. Comparée à la carte précédente (1804), on note la politique expansionniste de l’Empereur puisqu’en 1812 les départements français sont au nombre de 134, dont 47 « étrangers ». La gestion de l’Empire devient plus centralisée avec deux objectifs pratiques : renforcer le blocus continental par l’union douanière et l’esquisse d’une intégration économique, étendre le système de la conscription pour consolider la Grande Armée et favoriser le brassage des populations. Le modèle administratif départemental se généralise.

 

  • Compte Général numérique et sommaire des conscrits de l’Oise de la classe 1812 (Archives départementales de l’Oise, A.D, Rp 1092) : À partir du 26 août 1805, le préfet et les sous-préfets ont la haute main sur la répartition du contingent. Ils doivent notamment pourchasser les déserteurs et les réfractaires nombreux dans certaines régions de France. C'est le préfet qui préside le Conseil de recrutement, dont les formalités sont toujours longues et fastidieuses. Les maires établissent d’abord les listes des jeunes gens de 20 à 25 ans, procèdent au tirage au sort, conduisent les conscrits au conseil de révision de la sous-préfecture. Le sous-préfet écarte notamment ceux qui n’ont pas la taille suffisante. Le conseil de révision du département, composé du préfet, du commandant militaire et d’un officier de recrutement, est assisté par des officiers de santé qui se prononcent sur les exemptions pour raisons physiques (infirmités, hernies, myopies par exemple). Le conseil de révision traque aussi certaines fraudes comme l’automutilation du majeur qui empêche de tirer. Sont ensuite distribués des certificats de « fin de dépôt » qui placent leurs titulaires en fin de liste : orphelins, ainés avec charge de famille, frères de conscrits incorporés. Mais c’est surtout le mariage qui déclenche l’exemption automatique après le tirage au sort, ce qui provoque parfois une véritable course aux mariages arrangés. Le conscrit mobilisé peut, après être passé en conseil de révision, demander un suppléant, moyennant finance, de rejoindre le régiment à sa place. Les effectifs sont ensuite répartis en active et réserve ; ceux d'active partent les premiers ; ceux de la réserve attendent qu'un nouveau sénatus-consulte rappelle une classe antérieure. On comptabilise sur ce registre une liste de 3643 conscrits de l’Oise appartenant à l’appel de la classe de 1812.

 

  • La mort du Major Otenin à Compiègne (tableau de Fournier-Sarlovèze, Hôtel de Ville de Compiègne) : Ce tableau est situé en salle du conseil municipal de l’hôtel de ville de Compiègne qui est entièrement décorée de peintures monumentales réalisée par Raymond Fournier-Sarlovèze (1836 – 1916). Cet artiste a appartenu à la noblesse d’Empire et fut plusieurs fois préfet sous la IIIème République. Se consacrant aux arts et lettres, il réalisa une série de 9 peintures murales évoquant certains épisodes de l’histoire de la cité impériale, dont l’épisode de la mort du Major Otenin. Ces peintures, achevées en 1907, restent caractéristiques des décors historiques présents dans de nombreux hôtels de ville sous le régime de la Troisième République. Lors de l’invasion des troupes alliées de la coalition en 1814, des préparatifs aux combats sont attestés par la correspondance du major Otenin, chargé de défendre la ville impériale de Compiègne. Né le 10 février 1770 à Beauzée-sur-Aire dans la Meuse, il s’enrôle dans l’armée lors de la levée en masse du 23 février 1793, pour être incorporé avec son frère Jean-Baptiste dans le 5ème bataillon de la Meuse. Nommé Caporal le 30 octobre 1793, il fit une brillante carrière en accédant aux grades de sergent, adjudant, lieutenant puis capitaine le 06 janvier 1805. Il fit partie des armées de Belgique, du Nord, de Sambre-et-Meuse, de Mayenne, du Danube, d'Helvétie, et du Rhin. Le 1er octobre 1811, il fut nommé chef de bataillon au 33ème de ligne. Il sera fait Officier de la Légion d'honneur le 21 avril 1813. La question de la défense de Compiègne est intéressante dans la mesure où cet évènement, dont la mort d’Otenin au combat, soulève des enjeux dans l’écriture de l’histoire départementale. Ainsi, il y a un abîme entre le jugement que les contemporains du major Otenin portaient sur lui, et la place qu’il occupe aujourd’hui dans la mémoire collective. Oublié aussitôt qu’enterré, la major prend figure de héros sous le Second Empire. En 1858, on donne son nom à une rue. Une pierre tumulaire à la mémoire du Major est placée par le conseil Municipal de Compiègne au cimetière du Clamart le 21 mars 1865 (déplacée vers le parc de Songeons). La IIIème République ne le renie pas non plus et le major offre aux Compiégnois un modèle de patriotisme. En 1907, Fournier-Sarlovèze père peint la mort d’Otenin touché au cœur dans une pose d’image d’Epinal. Dans un raccourci saisissant, il montre le soldat mort en héros pour la France aux Prussiens, qui s’écroule devant la statue de Philoctète blessé. Si Cailliette de l’Hervilliers dans sa biographie d’Otenin parue en 1866 ou le général Palat dans son ouvrage Compiègne en 1814, ont donné des détails très circonstanciés aux préparatifs et au récit de la bataille de Compiègne du 1er avril 1814, les grandes synthèses historiques traitant de la Campagne de France et de la fin de l’Empire en font à peine référence. Tout au plus, Henri Houssaye qui consacre quelques lignes pour souligner le refus opposé par Otenin à la sommation qui lui était faite de rendre la place, ajoute-t-il, en renvoi au bas de page, l’annotation suivante : Ce brave officier fut tué sous Compiègne, le 1er avril, dans une sortie.

 

  • Certificat d’activité d’un conscrit de l’an X (1802) nommé Louis Marie Thomas de Compiègne, en service au 1er bataillon bis du train d’artillerie en 1808 (Archives municipales de Compiègne, 1H55) : Durant les guerres révolutionnaires, l'artillerie française a souvent été handicapée par un service des transports défectueux régi par des entreprises privées civiles. Il s'agit alors d'entreprises de charretiers. Bonaparte décide d'y remédier en connaissant l'importance stratégique du transport rapide de l'artillerie. Dès 1800 et la seconde campagne d'Italie, l’artillerie de la Garde consulaire se voit donc adjoindre une compagnie du train d'artillerie de même que dans les régiments d'artillerie de ligne. Cette unité ne devient permanente et fonctionnelle qu'en 1806. Le train d'artillerie de la Garde impériale fait donc partie des unités mises en place par Napoléon 1er au sein de son armée. Grande innovation, cette unité permet de rapidement procéder au transports des pièces d'artillerie et des caissons contenant leurs munitions d'un lieu à un autre que ce soit en campagne ou sur le champ de bataille même.

 

  • Mémoire du Palais de Compiègne des dépenses en liqueurs lors de l’occupation de l’Etat-major prussien en juin 1815 (Archives municipales de Compiègne, 4H52) : de façon manière générale, cette seconde occupation étrangère se révèle bien plus difficile et violente en juillet 1815 qu’au printemps 1814, plus particulièrement dans les régions tenues par les prussiens installées par exemple dans l’Oise. La partie orientale du département est bien marquée par l’impact de cette ultime campagne. La ville de Compiègne est particulièrement frappée par les contributions exigées. En séance du Conseil municipal, les membres délibèrent sur l’urgence de voir les effectifs de la garnison de soldats alliés diminuer. En effet, une grande partie des habitants abandonnent leurs maisons n’étant plus en état de suffire aux lourdes dépenses que nécessite le logement des troupes. On compte ainsi près de 140 maisons vides car les compiégnois préfèrent déserter la ville afin de s’alléger les charges de la présence de l’occupant.  Le montant des frais d’occupation pour la cité impériale en l’année 1815 s’élèverait à la somme de 141 480, 80 francs, à savoir 30 137, 87 frs pour les dépenses d’hôpital, 43 015, 57 frs pour l’entretien des troupes et 68 257, 36 frcs pour la réception des états-majors. Compiègne fut à ce titre entre le 12 octobre et 5 novembre 1815 la résidence du quartier général du maréchal Blücher accompagné de près de 150 officiers qui se trouvaient au Château, ainsi que d’autres gradés logés à l’hôtel des Relations extérieures (situé rue Domeliers) et à la Chancellerie. L’alcool figure rigoureusement dans la liste des denrées qui doivent être délivrées quotidiennement aux militaires étrangers suivant un règlement élaboré par l’intendant général de l’armée prussienne Ribbentrop le 5 juillet 1815. Pour les officiers, la saisie de biens comme l’énormité des quantités réclamées relèvent d’une véritable démonstration de force. La consommation excessive de produits alimentaires de luxe par les membres des Etats-majors en est la plus forte expression. Au 12 juillet par exemple, les officiers supérieurs du 2ème Régiment des lanciers prussiens installés à la Chancellerie ont pour riche menu du riz, haricots verts, choux fleurs, salade, artichauts, petits poix pour légumes, de la langue fourrée, des andouilles, du poulet, du fromage gruyère, des biscuits et enfin des tourtes aux cerises. Au Palais impérial, le 30 juin 1815, l’Etat-Major se fait livrer d’autres denrées gourmandes à savoir un pot de gelée de groseille, du thé, une bouteille de kirsch, deux bouteilles de vin de Champagne et des paniers de cerises. L’état des dépenses total réalisé par « le concierge des bouches » du Château monte à 18 808 francs dont notamment 9 027 frs de vin, 3 769 frs de viandes et 1 077 frs de beurres et fromages.

 

- Pour aller plus loin, Annales Historiques Compiégnoises, n°2, n°26, n°33-34, n°75-76, n°81-82, n°101-102, n°109-110, n°133-134